18/10/2016

Genève: recettes fragiles, dépenses faramineuses

 

Dans une étude cinglante, la Chambre de commerce de Genève (CCIG) s'inquiète pour le canton. Ses recettes fiscales par habitant ont beau être les plus importantes du pays, il consacre tellement aux dépenses courantes - des salaires des fonctionnaires à l'aide sociale et la culture - qu'il n'a plus les moyens de suffisamment investir dans son avenir. Le fait que les impôts se concentrent sur une minorité très riche de contribuables rend la situation d'autant plus fragile.

Commentaires

"une minorité très riche de contribuables"
J'aurais pensé que les prélèvements sur la "Classe moyenne", dont on parle si souvent depuis longtemps déjà et qui en pâtit véritablement, serait plus importante encore. Est-ce que je me trompe ?

Écrit par : Mère-Grand | 19/10/2016

Chère Mère-Grand,

La "classe moyenne", ceux qui n'y sont pas veulent y entrer par le bas, ceux qui y sont veulent en sortir par le haut...

A Genève, 28.8% des impôts sur le revenu proviennent de 1.8% des contribuables, ceux qui ont un revenu supérieur à 300'000 francs.
Imaginez un instant qu'ils s'en aillent sous des cieux (fiscaux) plus cléments, et nous devrons augmenter les impôts de ceux qui restent d'un tiers, juste pour arriver à financer les mêmes prestations.

Pour les 34.6% qui ne payent pas d'impôt, cela ne changera rien (un tiers d'augmentation sur rien, cela continue à faire rien) en revanche, pour les 63% qui payent des impôts, un tiers d'impôt en plus, cela risque d'être très douloureux...

Voici le lien pour télécharger l'étude :
http://www.ccig.ch/publications-FR/2016/10/8e-brochure-fiscale

Bonne lecture

Yves Cogne

Écrit par : Yves Cogne | 19/10/2016

C'est étonnant...Vous ne parlez ni des loyers des logements à Genève, ni des primes des assurances maladie. Est-ce que la "chambre de commerce de Genève ( CCIG) a entendu parler de l'indicence de ces deux paramètres sur le budget de la classe moyenne ? Ou peut-être n'a-elle pas eu le temps de dépasser dans le manuel de l'ultralbéralisme le chapitre consacré à la fiscalité ?

Écrit par : Henri Kardo | 20/10/2016

Cher Monsieur,

Vous avez raison, cette étude ne parle pas des loyers, ni des primes d'assurance maladie. Si vous l'avez lue attentivement, vous aurez pu constater qu'elle ne traite pas non plus du prix des médicaments, ni des problèmes de transports.

Dans la mesure où son titre est "Finances publiques et fiscalité : des enjeux majeurs pour l'avenir de Genève", cette étude est concentrée sur l'état des finances de nos collectivités et, au travers de différentes comparaisons intercantonales, montre que notre situation financière, sous l'angle des finances publiques, est préoccupante.

Le fait que les loyers soient très élevés, et les assurances maladie exorbitantes, ne justifie pas que les collectivités publiques dépensent par habitant, à Genève, 60% de plus qu'à Zurich, et que, au surplus, l'équilibre de cet état "providence" (canton et communes) soit à ce point dépendant de moins de 2% des contribuables !

Je me réjouis de vous lire.

Yves Cogne

Écrit par : Yves Cogne | 20/10/2016

Monsieur Cogne,

- « La "classe moyenne", ceux qui n'y sont pas veulent y entrer par le bas, ceux qui y sont veulent en sortir par le haut... »

- « Pour les 34.6% qui ne payent pas d'impôt, cela ne changera rien »

Pour commencer, la "classe moyenne" ne se définit pas selon le montant que verse un contribuable, que ce soit un individu, ou un ménage, à titre de contribution publique.

- « A Genève, 28.8% des impôts sur le revenu proviennent de 1.8% des contribuables, ceux qui ont un revenu supérieur à 300'000 francs. »

Pour ces chiffres, je crois pouvoir vous faire confiance.

- « Imaginez un instant qu'ils s'en aillent sous des cieux (fiscaux) plus cléments, et nous devrons augmenter les impôts de ceux qui restent d'un tiers, juste pour arriver à financer les mêmes prestations. »

Par contre, pour ce fantasme, pardonnez moi cette question un peu naïve ...

Faut-il craindre qu'ils partiront tous le même jour en emportant tout ce qui constitue leur fortune ? Maisons ? Résidences secondaires ? Comptes en banque ? Machine à faire des sous ? Retraite ? Société ? Employés qualifiés et bon marchés ?

Et encore une autre question, Monsieur Cogne ... Si la classe "moyenne", et les 34.6% qui "ne paient pas d'impôts" doivent craindre le départ des 1.8%, pourquoi ces fameux 1.8% ne devraient-ils pas eux-même craindre, par exemple que c'est pas vraiment mieux ailleurs, s'ils ne sont pas DEJA aujourd'hui ... sous d'autres "cieux (fiscaux)" ?

- « ... pour les 63% qui payent des impôts, un tiers d'impôt en plus, cela risque d'être très douloureux... »

Si vous voulez mon avis, avec le Brexit en cours, un 1.8%-exit risque bien de l'être tout autant ... douloureux, ... pour les 1.8%.

Écrit par : Chuck Jones | 21/10/2016

Cher Monsieur Jones,

Je suis bien d’accord avec vous, la classe moyenne ne se définit pas en fonction du montant de ses impôts. Un couple marié avec 2 enfants qui gagne un revenu de CHF 80'000 fait partie de la classe moyenne, il ne paie pourtant pas d’impôt. Les 2 phrases que vous relevez dans mon propos n’ont aucun rapport l’une avec l’autre.

Pour en venir au fond de votre message, je ne sais pas si ces 1.8% de contribuables partiront tous en même temps, et, comme vous, j’en doute. Il faut toutefois relever qu’ils ne sont pas nombreux, et que, même si seulement quelques-uns d’entre eux décident de partir, c’est ceux qui restent (vous et moi) qui devront payer. En effet, quand un contribuable s’en va, il laisse certes son logement (les loyers baisseront à Cologny, mais je ne suis pas sûr qu’on y gagne), mais son revenu, sa pension, son compte bancaire et ses dividendes seront imposables à son nouveau domicile, et ce sera tout ça de perdu pour nos recettes fiscales.

Bien entendu que ces contribuables peuvent déjà, s’ils le souhaitent, partir ailleurs, et c’est tant mieux : certains pays ont, au XXème siècle, interdit à leurs ressortissants de quitter leur territoire, mais ils ne ressemblaient pas vraiment à des démocraties…

Ces contribuables sont restés, et c’est tant mieux. Ils font par là preuve d’un grand sens civique. La jungle ne commence pas aux frontières de Genève et, sur la rive gauche de la Versoix (la vue sur les Alpes vaut bien la vue sur le Jura), ils peuvent bénéficier de prestations identiques, pour un coût bien inférieur, sans parler de ceux qui, plus mobiles, peuvent regarder une mappemonde pour choisir leur domicile. Et ils ne sont que 380 pour générer 9% de l’impôt sur le revenu…

Il importe juste d’en être conscient et reconnaissant, et de ne pas aggraver leur situation, au risque de les voir effectivement partir, et de le regretter. Mais ce sera trop tard !

Je me réjouis de vous lire.

Yves Cogne

Écrit par : Yves Cogne | 22/10/2016

Votre but, c'est quoi? Faire peur pour baisser les impôts des plus fortunés?

Et pourquoi ne proposez-vous pas de faire comme les États-Unis? Cela règlerait la question, non?

Je me réjouis de vous lire.

Écrit par : Charles | 22/10/2016

Je reste sidéré par tous ces experts qui nous expliquent le monde du travail, de la finance et qui agitent divers spectres aux conséquences désastreuses.
Aucun ne semble réaliser que tous les modèles évoqués sont moribonds et que le monde qui se dessine à l'ère numérique devrait consacrer simultanément et paradoxalement l'abondance et la précarité.
Le monde n'a jamais été aussi riche et prospère et pourtant le fossé entre les super riches et le reste se creuse. L'accès des plus pauvres aux premières nécessités ne trompe personne malgré le matraquage statistique des défenseurs de l'ultralibéralisme.

La complexification oblige le recours aux algorithmes et à l'intelligence artificielle pour éviter l'égarement dans la foison de données. Notre seul souci devrait consister à empêcher les plus gros et les plus forts à en détenir les clefs. D'où la saine résistance de certains aux traités économiques transnationaux qui, sous des airs d'ouverture et de relance de la croissance, ne promettent rien moins que l'hégémonie d'une petite minorité bien pensante qui risque bien de mettre la planète à feu et à sang.

Pour revenir au sujet qui nous occupe ici, Genève fait preuve d'une schizophrénie dangereuse en voulant ménager la chèvre et le chou. Garder à tout prix dans notre canton des multinationales qui violent systématiquement et impunément les conventions de Genève et les fondements des droits humains risque bien de nous péter à la gueule et nous faire perdre le dernier atout d'un petit pays qui ne peut pas régater dans la même cour que ses voisins et autres grandes nations qui promeuvent des modèles généralistes réducteurs, appauvrissant considérablement la diversité et donc la richesse de l'altérité.

Écrit par : Pierre Jenni | 26/10/2016

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